De Paris à Portsmouth via le Havre en prélude à notre traversée transatlantique
Traverser l’Atlantique depuis le Havre : un rêve d’enfant
Lorsque j’étais enfant, dans les années 1960, j’ai habité au Havre, port d’attache du légendaire paquebot France.
Ma mère, quelques années plus tôt, avait embarqué à 18 ans pour une traversée inoubliable de Marseille à Tahiti. Cette aventure, dont je parle dans un autre article intitulé « Voyage de Marseille à Tahiti en 1951 : carnet de bord », lui avait laissé le goût des grands voyages. Depuis la fenêtre de notre appartement havrais, elle suivait avec envie l’élégante silhouette du France, qui s’élançait vers Southampton, puis New York.
Pour elle, comme pour tant de Français, la grande traversée demeurait un rêve inaccessible : promesse de glamour, de cinéma, de rencontres mondaines, mais réservée à une élite. Moi, j’ai grandi bercé par cet imaginaire.
Soixante ans plus tard, j’ai décidé de franchir moi l’Atlantique. En juin 2025, avec mon conjoint, nous avons quitté Le Havre à bord du Commodore Clipper, avant d’embarquer à Southampton sur le Queen Mary 2. Destination : New York. Une traversée mythique, entre nostalgie et fascination, où se sont mêlés les souvenirs de mon enfance.
Mais, comme de nombreux voyageurs de l’âge d’or des transatlantiques, nous avons commencé notre voyage à la gare Saint-Lazare, à Paris.
- Paris Saint-Lazare : une gare des trains du quotidien avec un prestigieux passé
- Le Havre : une ville tournée vers l’Atlantique
- À bord du Commodore Clipper, du Havre à Portsmouth
- Portsmouth : une ville tournée vers la mer
- Que penser de notre traversée de la Manche en ferry et de la visite de Portsmouth ?
Je termine cet article par des conseils pratiques pour vous aider à profiter au mieux de ce voyage en prélude à notre traversée transatlantique que vous pouvez découvrir dans cet article : « Southampton – New-York à bord du dernier transatlantique : le Queen Mary 2 ».
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Paris Saint-Lazare : une gare des trains du quotidien avec un prestigieux passé
En début d’après-midi, par un jour de juin 2025, nous nous rendons à la gare Saint-Lazare pour débuter notre grand périple de Paris à New York par la voie terrestre et maritime. Nous allons prendre le train jusqu’au Havre, puis un ferry de nuit pour rejoindre le Queen Mary 2, qui part de Southampton.
Le Grand Hôtel Terminus à la gare Saint-Lazare
Seule la présence du massif hôtel, à l’architecture haussmannienne typique, construit sur le parvis de la gare, rappelle encore le temps des transatlantiques. Il date de 1889 et a été inauguré à l’occasion de la fameuse Exposition universelle. Ses installations, ultramodernes pour l’époque, comprenaient l’électricité, le téléphone et des salles de bains luxueuses, encore peu répandues. Il s’agissait du Grand Hôtel Terminus, qui existe aujourd’hui sous le nom du Hilton Paris Opéra.

C’était le point de départ vers le Nouveau Monde pour les voyageurs aisés. Ils accédaient à leurs trains par une passerelle qui les conduisait directement à la gare. Des trains dédiés, avec des voitures Pullman, les emmenaient soit au port de Cherbourg (le New York Express), soit au Havre (le Transatlantique Express), pour embarquer sur de prestigieux paquebots comme le Normandie.
De Paris au Havre par le train : les paysages des peintres impressionnistes
Mais aujourd’hui, nous avons l’impression d’être des intrus, mêlés à l’importante foule de voyageurs qui empruntent, sans enthousiasme, les innombrables trains du quotidien les ramenant, pour la plupart, vers la banlieue parisienne. Nous partons, confortablement installés en première classe, à bord d’un train Nomad, pour rejoindre Le Havre en un peu plus de deux heures aves des images du passé prestigieux dans la tête.
Notre train longe régulièrement la Seine, marque un bref arrêt à Rouen, avant notre arrivée au Havre. La campagne normande défile sous nos yeux, entre soleil et nuages. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi la lumière si particulière et le chatoiement des couleurs du printemps ont pu charmer les peintres impressionnistes.
Le Havre : une ville tournée vers l’Atlantique.
Après avoir mis nos bagages dans un restaurant qui offre un service de consigne nous faisons une balade dans la zone piétonne du centre-ville et le long de la façade maritime. Nous avions par le passé déjà visité le Havre ce que je raconte plus en détail dans un autre article intitulé « Honfleur, Le Havre : deux ports, deux destinées ».
Une ville entièrement détruite lors de la seconde guerre mondiale
Le Havre est une ville tournée vers la mer, comme en témoigne l’imposante présence visuelle du port. C’est une cité que je trouve intéressante, bien qu’elle ait été presque entièrement détruite par les bombardements alliés en 1944.
Elle a été reconstruite par un architecte français, Auguste Perret, presque entièrement en béton. Si les Havrais ont eu du mal à s’adapter à ce nouvel urbanisme, ils l’ont finalement adopté au fil des années. Aujourd’hui, Le Havre est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
La surprenante église Saint-Joseph
Nous avons une pensée pour les voyageurs du passé, attendant leur paquebot à la descente de leur train. Certains étaient des migrants, et nous les avons imaginés déambulant en ville pendant quelques heures avant d’embarquer, parfois pour toujours, vers un nouveau continent et une nouvelle vie. La ville d’avant-guerre était cependant bien différente de celle d’aujourd’hui.
Dans l’Europe de la fin du XIX et le début du XXe siècles beaucoup de migrants devaient passer faire une prière dans une église inquiets de savoir si leur avenir serait meilleur que la vie qu’ils laissaient derrière eux. Nous allons aussi dans une église, admirer la surprenante Saint-Joseph, avec son clocher de 107 m de haut, qui donne l’impression d’être un phare.
À bord du Commodore Clipper, du Havre à Portsmouth.
Avant de nous rendre à la gare maritime, nous allons voir le France… tout du moins ce qu’il en reste, à savoir sa proue ! Un hommage que j’ai trouvé presque irrespectueux, tant le navire était légendaire.
Notre première étape maritime commence par une traversée de nuit entre Le Havre et Portsmouth. Le départ est prévu à 21 h et l’arrivée le lendemain à 7 h. Nous effectuons le trajet à bord du Commodore Clipper, un navire de la compagnie Brittany Ferries. Il n’est pas très grand, avec une capacité de 300 voitures et seulement 39 cabines.
Un ferry conçu pour les routiers
Dans la salle d’embarquement, nous ne sommes qu’une dizaine de passagers piétons à patienter avant qu’un minibus nous emmène à bord. Cela nous donne l’impression d’être des VIP. Il faut savoir que le ferry est surtout emprunté par les routiers, qui embarquent directement avec leurs camions. Ce sont eux que Brittany Ferries a décidé de choyer.
Au moment du départ, ce n’est pas sans une certaine émotion que j’observe Le Havre s’éloigner, sous un discret coucher de soleil, parvenu à percer entre les nuages. J’essaie de repérer le balcon d’où ma mère observait le France glisser vers des horizons inconnus !
Le Commodore Clipper est un ferry qui a été construit en 1999. Il a appartenu à la compagnie Condor qui a été racheté par les Britanny Ferries. Il ne possède que 39 cabines et peut embarquer un maximum de 120 voitures.
Nous faisons vite le tour du Commodore Clipper, dont l’aménagement se veut avant tout fonctionnel. Malgré la petite taille du ferry, nous avons l’agréable surprise d’y trouver un restaurant. Notre repas est vaguement inspiré de la cuisine indienne, revisitée par un cuisinier britannique. Autant dire qu’il n’est pas exceptionnel, mais il nous rassasie.
Nous passons ensuite notre soirée au confortable bar du bateau, à boire une bière ou un whisky, en compagnie des routiers.
La cabine est petite mais fonctionnelle avec sa salle de douche et ses wc privés. Un plan du Commodore Clipper permet de bien se rendre compte de la petite dimension du bateau.
Portsmouth : une ville tournée vers la mer
Après une bonne nuit, nous arrivons au petit matin, sous la pluie, à Portsmouth. Un temps typiquement anglais, bien que nous soyons déjà au début de l’été !
Avant d’accoster, nous longeons la base navale militaire, avec de nombreux bâtiments, dont le porte-avions HMS Queen Elizabeth, alors en maintenance prolongée.
Nous aurions pu prendre notre petit déjeuner à bord, mais, compte tenu de l’heure d’arrivée matinale, fixée à 7 h, et afin de pouvoir dormir plus longtemps, nous décidons de le prendre plus tard à notre hôtel.
Portsmouth et Southampton : Des ports à la situation géographique exceptionnelle
Portsmouth et Southampton, situées à seulement une trentaine de kilomètres l’une de l’autre, bénéficient d’une situation exceptionnelle pour abriter des ports aussi bien militaires que commerciaux.
En effet, le port de Portsmouth se situe dans une baie naturelle très bien protégée. Celui de Southampton bénéficie de la large embouchure de la rivière Test.
Par ailleurs, les deux ports sont protégés des grandes tempêtes grâce à la présence de la grande île de Wight, qui joue un rôle de digue naturelle.
Les deux ports sont situés au milieu de la Manche, à l’endroit dit des « doubles marées ». En effet, lorsque la marée est haute à l’est, à Douvres, elle est basse à l’extrémité ouest de la Cornouaille. Southampton et Portsmouth, situées à mi-distance, bénéficient alors de deux marées basses atténuées au moment des inversions. Ce phénomène facilite l’accès aux ports des navires présentant de grands tirants d’eau.
Enfin, Southampton et Portsmouth sont situées à moins d’une heure de la capitale, Londres, et de son énorme attractivité économique.
Les deux villes sont l’un des endroits les plus stratégiques de l’ancienne puissance maritime et coloniale du Royaume-Uni.
Nostalgie au Queens Hotel
Après un rapide débarquement, nous prenons un taxi pour nous rendre au Queens Hotel, situé dans le quartier résidentiel de Southsea. Nous l’avons choisi pour son caractère historique : il présente une architecture de type édouardien, datant de la fin du XIXᵉ siècle.
Nous avons ainsi pu nous imaginer riches bourgeois des années 1930, ayant pris un ferry depuis le continent avant d’embarquer pour une traversée transatlantique en première classe. Nous prenons notre petit-déjeuner dans la jolie salle à manger du Queens Hotel. En compagnie de vieux Anglais et de vieilles Anglaises aux tenues vestimentaires désuètes, nous trouvons l’illusion presque parfaite !
Être un 5 juin à Portsmouth n’est pas une date comme les autres !
Nous sommes arrivés le 5 juin, une date chargée d’un lourd symbole, puisque c’est ce jour-là qu’en 1944 les Alliés ont débuté les opérations du débarquement sur les plages de Normandie, qui auront lieu le lendemain.
Nous commençons notre visite de Portsmouth par le passionnant musée du Débarquement (D Day story museum). Riche et très pédagogique, il permet de mieux comprendre ce que les jeunes soldats ont pu ressentir lors de cette opération militaire hors normes.
Dans le même musée, nous admirons également la tapisserie Overlord, qui raconte le débarquement sous la forme d’une broderie de 83 mètres de long, en écho à la célèbre tapisserie de Bayeux.
Portsmouth : une ville abîmée lors de la seconde guerre mondiale
En raison de sa base navale, Portsmouth n’a pas été épargnée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. De ce fait, son architecture manque d’homogénéité et sa vieille ville est assez limitée. Ce n’est donc pas une ville dont on tombe immédiatement sous le charme, et encore moins sous la pluie.
Pour la découvrir au mieux, il est préférable de suivre la « Millennium Promenade », qui relie Southsea, où se situe le musée du Débarquement, au Portsmouth Historic Dockyard.
Nous débutons la balade au D Day Museum avec juste à côté le Southsea Castle, l’un des nombreux forts construits depuis le XVIᵉ siècle pour défendre le port. Puis s’ouvre une immense pelouse, le Southsea Common, aujourd’hui utilisée l’été pour des événements comme des fêtes foraines.
Tout au long de la balade, nous sommes fascinés par l’incessant ballet des ferries. Les plus petits se rendent vers l’île de Wight, haut lieu de villégiature des Anglais. Les plus gros font route vers la France ou l’Espagne. Sur la plage, nous pouvons quasiment les toucher.
Nous rejoignons ensuite la Square Tower, construite en 1494 comme tour défensive équipée de canons pour protéger la ville. Elle faisait partie d’un ensemble de remparts dont il ne reste aujourd’hui que peu de traces.
Nous arrivons enfin dans la vieille ville, Old Portsmouth, qui ne se compose que de deux rues pavées en bord de mer. Il faut faire un réel effort d’imagination pour visualiser la ville du temps de l’amiral Nelson !
La Spinnaker Tower : le fier porte-drapeau de la ville
Nous nous dirigeons ensuite vers la Spinnaker Tower, qui surplombe la ville de ses 170 m de hauteur. Sa forme, évoquant une voile de bateau, est élégante et rappelle, toutes proportions gardées, l’hôtel Burj Al Arab à Dubaï. La visibilité n’étant pas très bonne, nous décidons de ne pas y monter.
Juste à côté, nous poursuivons la balade dans le centre commercial de Gunwharf Quays. Ancien site militaire où l’on fabriquait et entretenait armes et munitions, il abrite aujourd’hui surtout des magasins de déstockage de grandes marques de vêtements, qui attirent une clientèle parfois venue de loin pour leurs prix attractifs. On y trouve également de nombreux pubs et restaurants, et la réhabilitation de l’ensemble est plutôt réussie.
Portsmouth Historic Dockyard : une destination touristique en soi
Nous terminons la balade au gigantesque Portsmouth Historic Dockyard, vaste ensemble de musées consacré à l’histoire navale britannique, avec plusieurs navires historiques à quai. C’est un lieu unique, dédié à près de cinq siècles d’aventures maritimes de la Royal Navy.
Les musées proposent une immersion prometteuse, mais il nous aurait fallu plusieurs jours pour en faire le tour. De plus, la tarification se révèle dissuasive pour une visite courte. En effet, le ticket d’entrée est de 51 GBP. Il est cher mais en contrepartie il est valable un an.
Nous nous contentons donc d’admirer, gratuitement, depuis les quais, deux navires emblématiques : le HMS Victory, vaisseau amiral de Nelson, et le HMS Warrior, premier cuirassé à voile et à vapeur.
Southsea Beach : le quartier chic et résidentiel de Portsmouth
Le soir, nous dînons dans un sympathique restaurant de Southsea, « Smoke and Mirrors », tenu par le chef Jordan Thompson. Ce restaurant indépendant est une heureuse surprise dans un pays largement dominé par des chaînes, à la cuisine souvent peu originale, voire insipide.
Le lendemain, nous faisons une dernière balade le long de la plage de Southsea, sous un soleil éclatant enfin revenu.
De belles villas de style victorien bordent le front de mer.
En continuant vers l’est, la plage devient un peu plus sauvage, avec, à son extrémité, la présence d’une zone naturiste, plutôt inhabituelle en Grande-Bretagne. Mais nous n’avons pas eu le temps d’aller aussi loin.
Il est toutefois temps de sauter dans un taxi pour nous rendre à Southampton, point de départ de notre traversée transatlantique. La suite de l’histoire de notre voyage est racontée dans mon second article : « Southampton – New York à bord du Queen Mary 2 ». Un voyage légendaire !
Que penser de notre traversée de la Manche en ferry et de la visite de Portsmouth ?
En partant de Paris, si vous souhaitez traverser l’Atlantique avec le Queen Mary 2 depuis Southampton, je vous conseille vivement de passer par Le Havre et Portsmouth. Je trouve cela bien plus intéressant que de se rendre en avion ou en Eurostar à Londres avant de rejoindre le Queen Mary 2 à Southampton en bus ou en train.
Cet itinéraire nous a permis, dès Paris, de nous plonger dans l’ambiance d’un voyage ferroviaire et maritime comme autrefois, pleinement dans l’esprit rétro et slow travel de notre grande traversée transatlantique.
Sauf si l’on souhaite explorer son principal site touristique, le Historic Dockyard, une journée à Portsmouth me semble suffisante pour la découvrir.
Conseils pratiques pour votre traversée de la Manche et de votre visite de Portsmouth
Comment aller de Paris au Havre en train ?
Les modernes et confortables trains Nomad appartiennent à la région Normandie et sont exploités par la SNCF.
Les liaisons entre Paris et le Havre sont nombreuses mais pour obtenir de bons prix il faut s’y prendre à l’avance.
Trouver une consigne bagage au Havre (ou ailleurs)
Il existe maintenant des applications qui permettent de trouver une consigne bagage le plus souvent proposée par un restaurant, un hôtel ou un magasin.
Comment aller en ferry du Havre à Portsmouth ?
Une seule compagnie de ferry assure la liaison Le Havre Portsmouth : les Britanny Ferries
Compte tenu du petit nombre de cabines il faut la réserver longtemps à l’avance. Le prix varie selon la saison. Pour une cabine double cela commence à 240 EUR sans les repas.
Rejoindre et quitter les ports du Havre et de Portsmouth
Le ferry est facilement accessible à pied du centre ville du Havre. Sinon un taxi ne vous coûtera pas très cher compte tenu de la faible distance depuis la gare.
A Portsmouth le terminal des ferries est légèrement excentré et un taxi est la meilleure solution pour aller en ville
Où dormir à Portsmouth ?
En théorie il est possible d’arriver au petit matin avec le ferry et de se rendre tout de suite à Southampton pour embarquer à bord du Queen Mary 2. Je conseille cependant de dormir une nuit à Porstmouth par sécurité.
Nous avons choisi le Queens Hotel pour son charme victorien et sa situation dans le quartier résidentiel de Southsea.
Connaitre les prévisions météo !
Peu de sites donne la météo sur les océans et les mers. Windy est le plus complet dans ce domaine.
En Grande-Bretagne le site météo gouvernemental est le plus fiable
Have a good trip!
Bon voyage !




























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