Comment rejoindre la Sicile en train depuis Paris : le récit d’un voyage hors du commun

Milan Palerme train de nuit

Je décide d’aller en Sicile en train et non en avion

Il existe encore en Europe un train qui quitte les rails… pour embarquer sur un bateau. Cette scène étonnante se déroule chaque jour entre la Calabre et la Sicile, où les voitures du train de nuit Milan – Palerme traversent le détroit de Messine à bord d'un ferry avant de reprendre leur route.

Lorsque j'ai décidé de découvrir la Sicile, la solution la plus simple aurait été de réserver un vol entre Paris et Palerme. Rapide, peu coûteux, pratique… en apparence, car souvent peu confortable avec des horaires mal adaptés. Je me suis demandé si le voyage ne pouvait pas devenir, lui aussi, une partie des vacances.

J'ai donc choisi une autre voie : rejoindre Milan en train à grande vitesse, puis embarquer à bord de l'InterCity Notte, le plus long train de nuit d'Italie. Trente-quatre heures de voyage, 2 300 kilomètres parcourus et une expérience ferroviaire unique en Europe.

Je vous emmène avec moi dans ce voyage pas comme les autres. À la fin de cet article, je vous dirai franchement si cette alternative à l'avion mérite vraiment le détour. Comme d'habitude, vous trouverez également tous mes conseils pratiques pour organiser votre propre voyage.

Tous les textes en couleur corail indiquent un lien interne ou externe que je vous invite à cliquer.

Première étape : rejoindre Milan en classe Executive avec Trenitalia

Je me rends de bon matin à la gare de Lyon. À Paris, c’est ma préférée, tout du moins celle qui m’inspire le plus d’émotion. Ce sont d’abord des souvenirs d’enfance, quand je prenais le train pour aller en Bourgogne ou à Grenoble voir mes grands-parents.

Ensuite, c’est ma vie étudiante, pendant laquelle je travaillais dans les voitures-lits. Comme je le raconte dans l’article « J’ai travaillé dans les trains de nuit en France dans les années 80 », beaucoup de mes voyages commençaient à la gare de Lyon.

La gare de Lyon se remarque de loin avec sa magnifique tour-horloge de 64 m de haut. Il est 6 h 55, j’ai donc le temps de me balader dans les différents halls avant le départ de mon train. Je ne manque pas d’admirer la superbe fresque peinte par Jean-Baptiste Olive, qui représente certaines des destinations desservies par la gare et s’étend sur près de cent mètres. Ce sont les premières illustrations du tourisme naissant à l’époque de la création du bâtiment actuel, qui date de 1900. En étant attentif, vous remarquerez des peintures plus récentes qui ont été rajoutées en 1980 !

Tour horloge Gare de Lyon
Fresque Olive
Hall départs gare de Lyon

La classe Executive vaut-elle son prix?

J’ai décidé de m’offrir la classe Executive de Trenitalia. Certes, elle est chère — 305 € —, mais je me suis dit que cela valait le coup de l’essayer pour un trajet de plus de six heures trente.

La classe Executive se situe à l’une des extrémités du train. En montant à bord, ce qui frappe, c’est l’espace : les 60 sièges de la classe standard sont remplacés par seulement 10 larges fauteuils et une salle de réunion pouvant recevoir six personnes.

Chaque fauteuil est pivotant et permet de se retrouver face à face si l’on voyage à deux, ou de s’isoler. Je suis accueilli par une hôtesse qui m’explique le fonctionnement du fauteuil. Il fait un peu bling-bling et j’ai l’impression qu’il a surtout été conçu pour que les voyageurs puissent se faire de belles photos Instagram.

En effet, bien qu’il soit imposant, je trouve son confort décevant, surtout en position relax. Il s’incline peu et de façon peu ergonomique. Le soutien lombaire n’est pas bon, le repose-jambes peu efficace, et il est difficile de trouver une position de repos.

Classe Executive Trenitalia
Fauteuil Executive Trenitalia

Trenitalia aurait dû s’inspirer du magnifique produit que les chemins de fer chinois ont développé, avec des sièges en classe affaires du même type que ceux des compagnies aériennes long-courriers.

J’ai eu l’occasion de les tester et je les présente dans l’article : « Chine : ce que valent vraiment les trains à grande vitesse, mon test ».

Le vrai plus de la classe Executive est la restauration. L’hôtesse me donne un menu avec un choix très large et m’explique que je peux prendre tout ce que je veux, à n’importe quel moment. C’est compris dans le billet ! Vu l’heure matinale, je commence par un solide petit déjeuner accompagné d’un excellent cappuccino.

Petit déj Classe executive

Je vais faire un tour pour découvrir les autres façons de voyager avec Trenitalia. La classe standard correspond à la seconde classe du TGV de la SNCF avec quatre sièges de front et un confort tout à fait similaire.

La classe Business est l’équivalent de la Première. C’est celle que je vous conseillerais pour son bon rapport qualité-prix. Le service de la classe Executive est excellent, mais le design du fauteuil est trop médiocre pour que je vous la recommande.

Classe Standard Trenitalia
Classe Business Trenitalia

Des plaines bourguignonnes aux montagnes alpines

Nous commençons par emprunter la plus ancienne ligne à grande vitesse d’Europe, entre Paris et Lyon, qui va fêter en 2026 ses 45 ans !

Nous sommes en juillet et le temps est au beau fixe. La campagne bourguignonne semble sortir d’un autre temps, avec ses jolis villages agglutinés autour d’une église. Seules les vaches ne lèvent plus la tête au passage des trains : nous allons beaucoup trop vite !

Bourgogne

Lyon gare Part-Dieu. Les hommes et femmes d’affaires, infidèles à la SNCF, descendent, un peu pressés de rejoindre leur rendez-vous. À bord, c’est une clientèle davantage tournée vers les loisirs qui reste, encore ensommeillée par l’horaire matinal du Trenitalia.

Nous repartons, à petite vitesse, en direction de la vallée de la Maurienne. À certains endroits, nous sommes même sur une voie unique. Heureusement, le paysage alpin est de plus en plus majestueux, avec les montagnes qui s’élèvent devant nos yeux.

La Ravoire

Villargondran

Juste avant d’arriver à la ville frontière de Modane, nous passons sous la falaise qui s’était écroulée de façon spectaculaire le 27 août 2023, bloquant la voie pendant près de deux ans. À Modane, le temps d’arrêt permet aux fumeurs de griller une cigarette sur le quai. Personnellement, j’en profite pour humer l’air pur de la montagne !

Modane

Nous franchissons ensuite le vénérable tunnel du Fréjus pour aboutir de l’autre côté, en Italie. Long de 13,6 km, il a été inauguré en 1871. Une prouesse technique absolument remarquable compte tenu des moyens de l’époque. En 2033, un tunnel de 57 kilomètres de long sera construit, ce qui permettra de réduire le temps de trajet en train entre Lyon et Turin de 3 heures 30 à seulement 1 heure 50 !

Notre Frecciarossa, la « flèche rouge » en français, redescend tout doucement des Alpes vers Turin. La ligne de chemin de fer, à flanc de montagne, offre des points de vue spectaculaires sur la vallée.

Coazze

C’est l’heure du déjeuner et je me régale d’un antipasti composé de charcuterie et de fromage, suivi de pâtes parfaitement cuites al dente.

Après Turin, nous filons à nouveau à grande vitesse dans la plaine du Pô, aussi plate que les polders hollandais. C’est le bon moment pour faire une petite sieste, même si le mauvais design du fauteuil oblige à se contorsionner un peu, comme le montre la voyageuse assise en face de moi.

Classe Executive

Entre deux trains : six heures à Milan pour une découverte originale

Nous arrivons à 14 h 7, parfaitement à l’heure, en gare de Milano Centrale. C’est l’une des plus spectaculaires d’Europe, avec son architecture monumentale voulue par Mussolini.

Milano Centrale
La Louve romaine
Milano Centrale
Milano Centrale

Après avoir mis mes bagages à la consigne située dans l'enceinte de la gare, j’ai six heures devant moi pour profiter de la ville. C’est l’un des plaisirs du train : avec les gares situées en centre-ville, il est possible de transformer une correspondance en un véritable moment de plaisir. Le secret est de prévoir qu’elle ne soit pas trop courte. De plus, cela évite le stress d’un train en retard qui compromettrait la correspondance.

Milan est une ville que je connais déjà et je n’ai pas besoin d’aller voir les incontournables, comme le Duomo. Je préfère visiter d’autres lieux moins connus, à commencer par le mémorial de la Shoah.

Un lieu de mémoire caché sous la gare de Milan

Un mémorial de la Shoah se situe dans l’enceinte de la gare Centrale et il est très peu connu.

Il existait un quai en sous-sol, inconnu du public, qui était réservé à l’origine au chargement des trains postaux. Mais entre 1943 et 1945, il a servi à regrouper et à déporter des Juifs italiens en toute discrétion. Cette page sombre du fascisme italien est aujourd’hui devenue un lieu de souvenir et de recueillement.

Memorial Shoah Milan

Il était important pour moi d’y aller, car le train est souvent un symbole d’évasion, mais, selon ce que les hommes décident d’en faire, il peut aussi être associé à des réalités beaucoup plus tragiques. C’est le compositeur Steve Reich qui l’a le mieux exprimé dans son œuvre « Different Trains ». Je vous invite à aller le découvrir sur votre plateforme musicale habituelle.

Après cette séquence un peu lourde, mais nécessaire, j’enfourche un vélo pour partir me balader en ville. Milan dispose d’un système de vélos en libre-service à des tarifs très raisonnables, qui permet de se déplacer rapidement.

Milan côté moderne : gratte-ciel et jardins suspendus

Je me dirige vers les nouveaux quartiers construits autour de la Biblioteca degli Alberi Milano. C’est un joli parc entouré de buildings futuristes et l’ensemble est plutôt réussi. Le plus étonnant, ce sont les deux tours Bosco Verticale, des immeubles résidentiels qui donnent l’impression d’être des jardins à la verticale. Plus de 700 arbres et plusieurs milliers d’arbustes poussent sur leurs terrasses.

Milan Moderne
Bosco Verticale

Castello Sforzesco et le quartier bobo de Brera

Je continue ma balade à vélo vers le Castello Sforzesco. C’est une impressionnante forteresse de la Renaissance qui fut la résidence des ducs de Milan. Elle abrite aujourd’hui plusieurs musées. Je me contente d’admirer les bâtiments de l’extérieur ainsi que l’immense parc attenant.

Je termine ma balade dans le quartier de Brera. C’est l’un des plus agréables de Milan, avec ses ruelles pavées et ses façades colorées aux teintes jaunes et ocres. Il abritait autrefois des artistes et des intellectuels, mais il se boboïse avec ses nombreuses boutiques et restaurants branchés.

Castello Sforzesco
Parco Sempione
Brera

Une pause rafraîchissante avant le train de nuit

Juste avant de retourner à la gare, je me rends à la piscine Cozzi. Elle a été inaugurée en 1934 et c’est l’une des plus anciennes de Milan. Après une longue journée de train et de balade en ville, cela me fait un bien fou de faire quelques longueurs. Et comme les trains de nuit italiens n’ont pas de douche, je serai déjà propre et frais pour la seconde partie de mon voyage.

Piscine Cozzi Milan

À bord de l’InterCity Notte vers la Sicile : le plus long train de nuit en Italie

Le train InterCity Notte Milan — Palerme — Syracuse est exceptionnel à deux titres : d’abord par la durée du voyage, qui dépasse vingt heures, et ensuite parce que c’est le seul train qui, à notre époque, effectue une traversée sur un ferry.

C’est un service public subventionné. Le côté positif est que les prix sont très raisonnables, comparativement à ceux pratiqués par les ÖBB avec les Nightjet ou par le Caledonian Sleeper. En revanche, les prestations offertes sont plus rudimentaires, notamment au niveau de la restauration, qui est quasi inexistante.

Mais dans la gare Centrale, du côté de la Piazza IV Novembre, on trouve le « Mercato Centrale ». C’est un immense espace où je trouve un large choix de restauration à consommer sur place ou à emporter. Je n’ai que l’embarras du choix pour me constituer un excellent dîner à déguster plus tard à bord.

Milano CentraleL’InterCity Notte vers la Sicile est composé de voitures « Comfort », avec des compartiments de quatre couchettes, et de voitures « Deluxe », avec des compartiments d’un à trois lits. 

Il n'y a pas de voitures avec des places assises.

Deluxe voiture-lits

Dormir à bord du train de nuit Milan — Palerme en compartiment privatif «DeLuxe»

Je continue mon voyage de façon confortable avec un compartiment privatif en voiture-lits. Contrairement à d’autres compagnies ferroviaires, il n’est pas possible de réserver uniquement un lit et de partager sa cabine avec d’autres voyageurs.

Ma cabine est spacieuse et aménageable avec une version nuit et une version jour avec un canapé. Je dispose d’un petit lavabo, mais les WC sont communs et situés au bout du couloir. 

De nouvelles voitures-lits sont prévues pour bientôt. Il est temps, car on sent que le matériel actuel est un peu en fin de vie, surtout au niveau des sanitaires. Heureusement, la climatisation fonctionne bien, car nous sommes en juillet !

Deluxe Single en position nuit
Deluxe en position jour

Un conducteur — le terme désuet de steward étant autrefois utilisé dans les voitures-lits — m’accueille sur le quai. J’ai une petite bouffée de nostalgie pour ce métier que j’ai exercé dans les années 80 pendant mes études.

Notre train part à l’heure, soit à 20 h 10. Nous filons dans la plaine du Pô, au milieu de riches terres agricoles, en direction de Bologne.

Plaine du Po

Je compte 33 arrêts avant notre destination finale, Palerme ! Je m’apercevrai que l’un des intérêts de ce train est d’offrir une desserte de qualité à un grand nombre de villes intermédiaires. Très peu de voyageurs effectuent la totalité du trajet. Beaucoup montent ou descendent dans les villes intermédiaires, utilisant ce train comme une liaison régionale de longue distance plutôt que comme un train touristique.

Cependant, aucun arrêt n’est prévu entre Florence, que nous quittons à 0 h 12, et Salerne, que nous desservons à 6 h 13. La tranquillité du sommeil de chacun est ainsi préservée.

Intercity 1963

La journée a été longue et riche depuis mon départ de Paris. Aussi, vers 22 h 30, je me glisse sous la couette pour une bonne nuit de sommeil. Le matelas est très ferme, mais c’est, peut-être, ce que demandent les Italiens, car tout au long de mon voyage en Italie, ce sera une constante dans tous mes hébergements.

Un réveil face à la mer Tyrrhénienne

C’est vers 7 h du matin que je me réveille. Nous venons de quitter Agropoli et, pendant toute la matinée, nous allons longer la côte Tyrrhénienne jusqu’à Villa San Giovanni.

J’ai très bien dormi, car le balancement du train était régulier et m’a bercé. J’avais quand même mis des bouchons d’oreille pour éviter d’être réveillé par des bruits intempestifs, souvent inévitables dans les trains de nuit.

Le steward m’apporte mon petit-déjeuner. Il est compris dans le prix du billet, mais il est bien frugal, comme souvent en Italie, où l’on attache peu d’importance à ce repas. Heureusement, je le complète avec quelques viennoiseries que j’avais achetées la veille au Mercato. Par contre, le cappuccino est excellent !

Petit déjeuner Trenitalia

Le plus souvent, notre ligne de chemin de fer longe la mer de très près et les paysages traversés sont magnifiques. Je ne vois pas le temps passer. Il est juste dommage que les vitres soient sales, ce qui est souvent le cas dans les trains européens et complique la prise de photos.

Dans certaines gares, j’en profite pour descendre sur le quai prendre l’air. Les propriétaires de chiens et les fumeurs font de même, mais pour d’autres raisons !

À Lamezia Terme Centrale, l’équipage qui nous accompagne depuis Milan est remplacé par un nouveau. Le temps de trajet est trop long pour conserver le même personnel jusqu’à la destination finale.

Acquapessa
Celle di Bulgheria
Acquapessa

Le moment magique : un train qui monte sur un bateau

Nous arrivons à 10 h 40 à Villa San Giovanni, où nous allons embarquer à bord d’un ferry. C’est le moment tant attendu du voyage : un train sur un bateau !

Autrefois, il existait des services similaires entre la France et la Grande-Bretagne ou entre l’Allemagne, le Danemark et la Suède. Aujourd’hui, celui qui traverse le détroit de Messine est le seul à avoir survécu. Il faut vite en profiter, car il existe un projet de pont suspendu qui pourrait voir le jour au début des années 2030.

Plan projet pont suspendu
Projet pont suspendu vue artiste

Source : espazium.ch

La traversée elle-même ne dure que 15 minutes, mais Trenitalia a prévu deux heures entre notre arrivée à Villa San Giovanni et notre départ de Messine. Il faut dire que, même si elle est bien rodée, l’opération est complexe.

Nous attendons d’abord notre ferry, qui arrive avec à son bord l’InterCity de jour Palerme — Rome.

Puis notre train est découpé en plusieurs tronçons de quatre voitures maximums pour pouvoir embarquer sur le ferry.

Une fois à bord, nous sommes autorisés à quitter le train et à monter sur les ponts passagers du navire.

Intercity Notte dans le ferry

Il est l’heure du déjeuner et cela tombe bien, car il y a une cafétéria à bord. Le choix n’est pas très vaste, mais des arancini, ces boulettes de riz panées et frites, spécialité sicilienne, permettent de me rassasier.

Bar dans le ferry

Je monte ensuite sur le pont pour assister à la traversée. La distance parcourue n’est que de huit kilomètres, mais le simple fait de monter sur un bateau donne une impression de voyage au long cours. Autour de nous se déroule un important ballet de ferries qui assurent également le transport du trafic routier entre l’île et le continent.

Locomotive dans le ferry

Le détroit de Messine fascine depuis l’Antiquité. Il était redouté à cause de ses courants très violents, mais aussi parce qu’il se situe dans une zone hautement sismique. D’ailleurs, en 1908, un tremblement de terre a complètement rasé la ville de Messine.

Aujourd’hui, la traversée est très calme et voici le port de Messine avec, à son entrée, la Madonnina del Porto, une statue de la Vierge qui se dresse au sommet d’une colonne pour accueillir et bénir symboliquement les bateaux qui arrivent.

Messine

Dans une manœuvre parfaitement orchestrée, notre train est sorti du ferry puis reconstitué en deux rames, l’une à destination de Syracuse et l’autre de Palerme. Aujourd’hui, toutes les manœuvres se sont bien déroulées et nous avons même plus d’une heure d’attente avant notre départ prévu à 13 h 10.

J’en profite pour aller me dégourdir les jambes et vais rapidement voir la cathédrale de Messine, qui est son monument le plus remarquable. Son horloge astronomique est l’une des plus grandes et des plus complexes au monde. Chaque jour à midi, ses automates entrent en mouvement pour offrir un spectacle très apprécié par les visiteurs.

Cathédrale Messine

Sinon, la ville elle-même présente une architecture assez austère depuis sa reconstruction à la suite du tremblement de terre de 1908.

Entre mer, vignobles et villages perchés

Juste avant le départ, j’en profite pour acheter un sandwich au buffet de la gare. Même s’il n’y a pas de voiture-restaurant à bord du train, il est tout de même possible de se ravitailler en cours de route !

À 13 h 10, nous repartons pour la dernière partie de notre voyage. Alors que le train était complet au départ de Milan, il est désormais peu rempli, car bon nombre de voyageurs sont descendus lors d’arrêts intermédiaires.

Gare de Messine

Nous longeons la côte sicilienne avec, au loin, les îles Éoliennes qui se détachent à l’horizon. Nous passons le long de plages et, côté intérieur, de vignobles et de terres agricoles, avec de temps en temps des villages perchés sur des collines.

Je remarque un détail : les rails sont peints en blanc ! C’est la façon que les Italiens ont trouvée pour limiter la dilatation des rails causée par la chaleur estivale.

Vignobles
Villages perchés en Sicile
Iles Eoliennes
Rails peints en blanc

Cefalú, la belle surprise du voyage

Au moment de l’organisation de mon voyage, j’avais prévu de faire le trajet Milan — Palerme d’une seule traite. Mais, pendant la matinée, j’ai pris le temps de lire un peu plus en détail le Guide du Routard, mon fidèle compagnon depuis les années 80. J’y ai découvert que l’une des plus jolies villes de Sicile se trouve sur la ligne de chemin de fer, à seulement une heure de Palerme.

En regardant les différentes applications de réservation hôtelière, j’ai la chance d’obtenir une chambre à la Casa del Geko, une adorable petite pension de famille située dans la vieille ville de Cefalú.

Je descends de mon train à 15 h 57, pile à l’heure.

Gare Cefalu

Je rejoins ma pension en moins de dix minutes à pied par de charmantes ruelles pavées bordées de petites maisons aux jolis balcons. À cette heure, elles sont désertes, car la sieste n’est pas encore tout à fait terminée.

Après un si long voyage, ma première envie est de piquer une tête dans la mer. Une plage se trouve juste en contrebas de la vieille ville, mais quelle n’est pas ma surprise de constater qu’elle est déserte. Pourtant, nous sommes en plein mois de juillet. Une grand-mère sicilienne, assise sur le pas de sa porte, m’explique qu’à cause d’une rupture de canalisation d’évacuation des eaux usées, la plage a été temporairement interdite et que je dois aller un peu plus loin pour pouvoir me baigner. L’aspect positif est que je peux faire de belles photos sans personne dessus.

Cefalu plage
Cefalu plage du centre

La plage où l’on peut se baigner est 500 mètres plus loin et elle est bien sûr bondée, mais je passe un bon moment à observer les expansifs vacanciers italiens discuter, bouger, jouer : une vraie commedia dell’arte !

Plage Cefalu en juillet

Le soir, je visite la vieille ville. Je suis loin d’être le seul à avoir eu la même idée et, au moment de la passeggiata, il y a foule sur le Corso Ruggero. Mais l’ambiance est familiale et décontractée. J’aime ces maisons qui surplombent la mer.

Heureusement, tôt le lendemain, je  peux mieux profiter de la vieille ville qui a beaucoup de charme.

Enfin, avant de reprendre mon train pour Palerme, je visite la cathédrale de Cefalú. Fondée en 1131 par le roi normand Roger II de Sicile, elle mêle des influences normandes, byzantines et arabes. Au pied de la Rocca, l’imposant rocher qui la domine, elle se dresse majestueusement avec ses deux tours.

Il existe plusieurs formules de visite. Je choisis la plus complète, l’itinéraire rouge, qui inclut la montée dans les tours et sur les toits, ainsi que le cloître attenant. C’est un plaisir pour les yeux, d’autant plus que nous sommes peu nombreux à la visiter.

L’intérieur abrite également une remarquable mosaïque byzantine du Christ Pantocrator, considérée comme l’une des plus belles de Sicile.

Mosaique Byzantine Cathédrale Cefalu

Enfin, Palermo Centrale!

En début d’après-midi, je me dirige vers la gare pour mon dernier tronçon ferroviaire, qui ne dure qu’une heure. C’est un train régional relativement vide.

Train régional Cefalu Palerme

Palermo Centrale : me voilà au terme de mon voyage ferroviaire ! Je suis à 2 300 km de Paris et j’ai pu apprécier chacun des kilomètres entre les deux villes. Mes vacances ont commencé non pas à la descente d’un avion sur le tarmac surchauffé de Palerme, mais dès le départ de la gare de Lyon. J’ai vu les paysages, l’architecture, la végétation et même le climat changer progressivement tout au long de mon parcours, et cela n’a pas de prix. C’est ce que l’on appelle le voyage avec un grand V.

La gare, comme la ville, est quasiment déserte au moment de mon arrivée et il fait 34 °C. C’est l’heure de la sieste. Aussi, je prends un taxi pour me rendre directement à mon auberge et m’allonger au frais dans ma chambre, comme tous les Palermitains.

Mon séjour sicilien, d’environ une semaine, me conduira d’abord sur l’île d’Ustica, puis vers Trapani, avant de se terminer par quelques jours à Palerme. Cela fera l’objet, ultérieurement, d’un autre récit sur mon blog.

Ce voyage en train jusqu’en Sicile vaut-il la peine?

Sans la moindre hésitation, oui.

Certes, il m'a fallu 34 heures pour rejoindre la Sicile — ou plutôt 58 heures dans mon cas avec mon escale improvisée à Cefalù. L'avion m'aurait transporté beaucoup plus vite et, probablement, pour moins cher. Mais il m'aurait privé de l'essentiel : le plaisir du trajet.

Pendant deux jours, j'ai vu les paysages évoluer progressivement, des collines bourguignonnes aux Alpes, de la plaine du Pô aux rivages de la mer Tyrrhénienne, avant d'atteindre la Sicile. Cette progression lente, où les paysages, l'architecture et même le climat changent peu à peu, procure des sensations qu'un vol de quelques heures ne peut offrir.

Le moment le plus marquant restera évidemment la traversée du détroit de Messine. Voir son train embarquer sur un ferry est une expérience devenue presque unique en Europe. À elle seule, elle justifie le voyage.

Si ce voyage s'est révélé aussi agréable, c'est aussi parce que je l'avais préparé en pensant autant au trajet qu'à la destination. Choisir une correspondance suffisamment longue à Milan pour découvrir la ville, acheter un bon repas avant d'embarquer dans le train de nuit, profiter d'une douche à la piscine municipale ou encore prolonger spontanément le voyage par une étape à Cefalù : autant de petits choix qui ont transformé un simple déplacement en véritable expérience.

Mon seul petit bémol concerne la classe Executive entre Paris et Milan. J'ai apprécié son ambiance exclusive ainsi que la qualité de la restauration, mais le fauteuil manque de confort. Au vu de son tarif élevé, je lui préfère la classe Business, dont le rapport qualité-prix me paraît bien meilleur.

Ce voyage ne conviendra pas à tout le monde. Ceux qui souhaitent simplement rejoindre la Sicile le plus rapidement possible choisiront naturellement l'avion. En revanche, si, comme moi, vous considérez que les vacances commencent dès le départ de chez vous, cette traversée de l'Italie vous laissera des souvenirs bien avant votre arrivée à destination.

Auteur de Paris à Palerme
Intercity notte

Conseils pratiques pour votre voyage France -Sicile en train

Où réserver votre voyage en train

Trenitalia est le site de référence pour vous informer sur les horaires, réserver votre trajet et acheter vos billets.

Trenitalia

Entre Paris et Milan, vous pouvez choisir de voyager avec la SNCF. Cela peut-être intéressant si vous possédez une carte Avantage. 

Soyez juste prudent en préservant une correspondance de plusieurs heures à Milan. 

Sncf-connect

Les offices du tourisme

L'Italie étant un pays très touristique, les offices du tourisme sont complets.

À Milan

Yesmilano.it

En Sicile

Visitsicily

Visitcefalu.com

Turismo.cittametropolitana.pa.it

Se loger

La Sicile étant très tourisique il est très facile de se loger avec une offre hôtelière ou chez l'habitant très importante et diversifiée.

À Cefalú j'ai dormi à la Casa del Geko

Casa del Geko

Et à Palerme à la Room 19, une petite pension très bien située dans le vieux centre de Palerme

Rooms19

La météo !

Lors de mon voyage en juillet j'ai eu de la chance car il n'a pas fait trop chaud ! Je vous conseille cependant de le faire plutôt en juin ou en septembre. De plus la Sicile sera moins fréquentée.

Meteo.it 

Combien cela coûte ? (en 2026)

Comme d'habitude, plus vous y prenez tôt, plus vous aurez des chances de bénéficier de bons tarifs !

 Paris – Milan (aller simple)

  • En classe Standard (deuxième classe) : 55 à 145 €
  • En classe Business (première classe) : 80 à 195 €
  • En classe Executive : 305 €

Milan – Palerme (aller simple)

En voiture-lits, il n’est pas possible de partager sa cabine avec des voyageurs que l’on ne connaît pas. Les cabines sont privatives et réservées aux personnes voyageant ensemble.

  • En voiture-lits Single : 157 à 240 € pour une personne
  • En voiture-lits Double : 266 à 353 € pour deux personnes
  • En voiture-lits Triple : 312 à 372 € pour trois personnes

En voiture-couchettes, les compartiments peuvent être partagés avec jusqu’à quatre voyageurs. Il existe également des compartiments réservés aux femmes.

  • En voiture-couchettes : 60 à 117 €

Couchettes Intercity Notte

Buon viaggio !

Bon voyage !

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