Paris-Turin-Nice en train (1/2) : La traversée des Alpes en TGV

Aller en train de Paris à Nice autrement.
Cet article est le premier volet de mon itinéraire ferroviaire de cinq jours entre Paris et Nice, via Turin et la vallée de la Roya.
Le voyage commence quand on ferme la porte de chez soi. Pour que cela soit vrai, encore faut-il savoir en créer les conditions ! Je devais me rendre à Nice depuis Paris et j’avais cinq jours devant moi. J’avais entendu parler du Train des Merveilles, dont le nom faisait rêver. Officiellement, il circule entre Cuneo, une petite ville aux confins de la plaine du Pô, au pied des Alpes italiennes, et Nice.
Mais en cherchant un peu sur Internet, je me suis aperçu que je pouvais rejoindre Tende depuis Turin en passant par la petite ville de Cuneo. Comme Turin est facilement accessible depuis Paris et que c’est une ville que j’apprécie beaucoup, mon voyage commençait à prendre forme !
J’ai pris, en début d’après-midi, un TGV de la SNCF de Paris à Turin, où j’ai passé une journée entière le lendemain. Puis, le troisième jour, j’ai poursuivi mon périple à bord de deux trains régionaux de Trenitalia jusqu’à Tende, où je suis resté deux nuits afin de prendre le temps de découvrir cette belle région. Enfin, j’ai terminé mon voyage à bord du fameux Train des Merveilles, de Tende à Nice.
Après vous avoir raconté ce voyage, je vous donnerai tous mes conseils pratiques pour vous permettre d’organiser le vôtre.

Tous les textes en couleur corail indiquent un lien interne ou externe que je vous invite à cliquer.
De Paris à Turin avec la SNCF
J’avais le choix entre partir avec Trenitalia ou la SNCF. Ayant emprunté la compagnie italienne lors de mes deux derniers trajets, j'ai privilégié cette fois-ci notre transporteur national afin de pouvoir comparer les deux prestations.
Un TGV aux allures de voyage dans le temps
Je me rends à la gare de Lyon et il y a foule. Nous sommes fin juillet et c’est la période des grandes migrations estivales. Les TGV à destination de la Méditerranée — Marseille, Montpellier, Nice ou Toulon — sont archipleins. Le public est surtout constitué de familles un peu perdues et de jeunes avec leurs sacs à dos qui profitent de leurs premières vacances sans leurs parents. Quelques trains sont annoncés avec du retard. Les moyens de la SNCF sont fortement mis à contribution.
Mon train à destination de Milan, avec un arrêt à Turin, ne fait pas exception. Selon l’explication officielle, notre retard est dû à une mise en place tardive de notre rame, suite à une arrivée tardive lors du voyage précédent. Nous partons avec 45 minutes de retard, à 15 h 35 au lieu de 14 h 48.
Le TGV a un côté vintage. D’abord, il ne comporte qu’un seul étage, ce qui le différencie des TGV Duplex, devenus la norme en France. Ensuite, son aménagement intérieur a été dessiné par Christian Lacroix vers 2005. Cette décoration est devenue très rare, mais elle a été conservée sur la petite flotte exploitée entre Paris et Milan, spécialement conçue pour s’adapter aux systèmes électriques et de signalisation français et italiens.
Le TGV accuse cependant son âge et l’on sent que les fauteuils ont déjà beaucoup servi. Le design signé Lacroix paraît lui aussi un peu daté aujourd’hui, notamment avec ses couleurs très flashy en seconde classe.
Sur la ligne Paris — Turin — Milan, la SNCF propose ses deux classes habituelles : la première et la seconde. Le personnel est bien sûr bilingue, français-italien. La carte de restauration a été enrichie afin de satisfaire les voyageurs des deux pays, parmi les plus réputés au monde pour leur gastronomie. En première classe, il est même possible de se faire servir à sa place par un steward.


Un voyage en deux tempos
Le paysage défile à toute allure, à près de 300 km/h, et j’ai à peine le temps d’observer la jolie campagne bourguignonne avec ses couleurs d’été. Les champs sont bien desséchés et les moissons ont déjà eu lieu. Le temps est à l'orage.


Mais après Mâcon, notre TGV bifurque vers Chambéry et notre vitesse se réduit brutalement, car nous rejoignons le réseau classique. Le relief s’accentue progressivement et nous apercevons le massif de la Chartreuse sur notre droite.
Après Chambéry, nous remontons la vallée de la Maurienne. Les paysages deviennent de plus en plus spectaculaires. De plus, le temps est à nouveau au beau.
Après Saint-Jean-de-Maurienne, le train se faufile dans une vallée toujours plus étroite. Jusqu’au point culminant de la ligne, situé dans le tunnel du Mont-Cenis à 1 300 mètres d’altitude, notre train aura grimpé près de 1 000 mètres de dénivelé.


J’aperçois la télécabine d’Orelle, qui donne accès au plus grand domaine skiable du monde : Les Trois Vallées. En hiver, la ligne est désormais utilisée par de nombreux skieurs qui rejoignent les nombreuses stations de sports d’hiver qui jalonnent les sommets de la vallée de la Maurienne.
La ligne du Fréjus
Lorsque l’on sait que la ligne a été inaugurée en 1871, on imagine difficilement la prouesse technique qu’a représentée sa construction. Long de 14 kilomètres, le tunnel est resté pendant longtemps le plus long tunnel ferroviaire du monde. Autre innovation remarquable : dès les années 1920, elle fut l’une des toutes premières lignes de montagne à être électrifiée.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ligne a été fortement endommagée, tant par les bombardements alliés que par la politique de la terre brûlée pratiquée par les Allemands au moment de leur débâcle. En 1945, la ligne est inutilisable, avec plusieurs tunnels et la plupart des ponts détruits. Mais, compte tenu de son importance stratégique, le génie militaire et les cheminots ont tout mis en œuvre pour la rendre opérationnelle le plus vite possible. Il fallut moins d’un an, ce qui constitue un exploit remarquable.
Un peu avant Modane, nous passons à La Praz, où un gigantesque éboulement s’est produit en août 2023, entraînant l’interruption de la ligne jusqu’en mars 2025, soit dix-neuf mois. La photo, ci-dessous, a été prise par moi-même en juillet 2024.

Cette durée me laisse un peu songeur lorsqu’on la compare au temps qu’a nécessité la reconstruction complète de la ligne après-guerre. Elle montre combien les contraintes techniques, réglementaires et environnementales qui encadrent aujourd'hui les grands travaux sont différentes de celles de l'après-guerre. Est-ce vraiment mieux ?
Aujourd’hui, heureusement, la ligne a été rétablie et fonctionne normalement.

Modane : gare frontière
Modane est notre dernier arrêt en France. Autrefois, c’était une gare internationale majeure où l’on changeait les locomotives adaptées aux réseaux français et italien. C’était également le lieu où s’effectuaient les contrôles de police et de douane, bien avant les accords de Schengen.
À titre personnel, Modane me renvoie à mon passé, dans les années 1980, lorsque j’étais accompagnateur à bord du train de nuit Paris–Rome, le fameux Palatino. Nous passions par cette gare au milieu de la nuit et, de la montagne, nous ne voyions rien dans l’obscurité. Mais nous la sentions bien présente grâce à la fraîcheur qui contrastait avec les températures plus douces, voire chaudes en été, des plaines situées de part et d’autre des Alpes. Je raconte cette période dans l’article : « J’ai travaillé dans les trains de nuit internationaux en Europe dans les années 80 ».
Le tunnel du Mont-Cenis et enfin l'Italie !
Puis nous pénétrons dans le tunnel du Mont-Cenis avant de ressortir, de l’autre côté, en Italie. La descente est vertigineuse, puisque nous perdons près de 800 mètres d’altitude en une vingtaine de kilomètres seulement. Je suis assis du côté gauche du train, ce qui me permet de profiter de magnifiques panoramas sur le Val de Suse.

Juste avant Turin, le contraste est saisissant. Le relief change complètement et devient parfaitement plat : c’est le début de l’immense plaine du Pô, qui s’étend jusqu’à Milan et Venise.
Nous avons encore légèrement augmenté notre retard et il est 21 h 15 lorsque nous arrivons à la gare de Turin Porta Susa, au lieu de 20 h 25. La bonne nouvelle est que la SNCF me rembourse 25 % du prix de mon billet dans le cadre de sa politique retard !
Turin Porta Susa est une gare ultramoderne avec ses quais en sous-sol, qui lui donnent un peu l’aspect d’une station de métro géante. Je laisse mon TGV qui continue jusqu’à sa destination finale, Milan Porta Garibaldi.

Depuis Porta Susa, je rejoins Porta Nuova, la gare historique située en plein cœur de la ville, en train régional en moins de dix minutes, car c’est à proximité que se trouve mon hébergement.
Profiter de cette ligne tant qu’elle existe
Le voyage a duré cinq heures et demie. Pourtant, grâce à la diversité des paysages, je n’ai pas vu passer le temps.
Un énorme projet est en cours de réalisation : le tunnel de base du Mont-Cenis. Si le calendrier est respecté, à partir de 2033, les trains à grande vitesse reliant Paris, Turin et Milan l’emprunteront. À Saint-Jean-de-Maurienne, les voyageurs entreront dans un tunnel de 57,5 kilomètres pour ressortir directement côté italien. Le temps de trajet sera réduit d’environ une heure trente.
En contrepartie, les magnifiques paysages de montagne disparaîtront du voyage, tout comme ce parfum d’aventure qui accompagne aujourd’hui la traversée des Alpes.
Alors, vous l’avez compris : si vous souhaitez profiter de cette ligne dans toute sa splendeur, c’est maintenant qu’il faut prendre le train entre Paris, Turin et Milan.
Faut-il choisir la SNCF ou Trenitalia ?
Si vous voyagez en première ou en seconde classe avec la SNCF, ou en classe Business ou Standard avec Trenitalia, le confort et le service sont très similaires. Certains préféreront le design intérieur ou le confort des sièges de l’une des deux compagnies. Mais, sincèrement, tout cela relève davantage d’une affaire de goût personnel et la différence en matière d’expérience de voyage reste minime.
Trenitalia se distingue surtout avec sa classe Executive, particulièrement luxueuse. Je l’ai empruntée lors de mon voyage de Paris à Palerme, voyage que je raconte dans mon article « Paris — Sicile : le voyage où le train monte sur un bateau ».


Turin : la ville royale de la Maison de Savoie
Turin est une destination nettement moins connue que Florence ou Venise. Pourtant, je la trouve non seulement belle, mais aussi particulièrement intéressante.
Ma première visite de Turin remonte déjà à quelques années. C’est une étape que j’avais effectuée lors d’un voyage de Paris à Rome en train, que je raconte dans mon article « Paris-Rome en train : sur les traces du Palatino ». J’en avais profité pour prendre mes repères géographiques dans la ville en la parcourant à pied.
J’ai trouvé un hébergement dans une petite résidence hôtelière tout près de la gare Centrale de Porta Nuova. Le nom n’est pas très sexy, Loger Confort Residence & Apartments, et ne laisse pas présager la qualité du lieu. En effet, pour moins de 100 euros, j’ai à ma disposition un deux-pièces dans un immeuble bourgeois du début du XIXe siècle, très typique avec sa grande hauteur sous plafond et ses doubles fenêtres, bien adaptées pour se protéger de la chaleur. De plus, les appartements ont été joliment rénovés. Je recommande.
Le Palazzo Reale, une magnifique découverte
Le lendemain, je fais la grasse matinée et vais prendre mon petit-déjeuner dans une boulangerie voisine. Le cappuccino, accompagné d’un cornetto aux amandes, le croissant à l’italienne, est excellent !
Nous sommes en juillet et il fait très chaud, avec un temps lourd et orageux. Je décide de commencer par la visite du Palazzo Reale afin de rester au frais derrière les épais murs du palais.
Le Palazzo Reale est une très belle surprise, car je découvre que c’est un château qui a une véritable histoire. Derrière une façade relativement discrète, avec ses murs blancs, se cache un palais richement décoré.

À partir du XVIe siècle, il a été le centre du pouvoir de la maison de Savoie, qui a progressivement étendu son influence, d’un simple duché jusqu’à l’unification de l’Italie au XIXe siècle, avec son représentant le plus illustre, Victor-Emmanuel II, premier roi d’Italie.
Je commence la visite des appartements royaux par le monumental escalier d’honneur en marbre, qui débouche sur le salon des Gardes suisses. Puis les salles, toutes plus richement décorées les unes que les autres, s’enchaînent, avec en point d’orgue la grande galerie d’armes, d’une richesse incroyable. C’est un subtil mélange de styles baroque, rococo et néoclassique. Tout n’est que dorures, peintures et décors raffinés. On sent que les princes souhaitaient impressionner leurs visiteurs.
Ce que j’aime dans ce lieu, c’est qu’il n’est pas très difficile d’imaginer comment les membres de la maison de Savoie pouvaient y vivre à leur époque. De plus, les touristes sont relativement peu nombreux et je déambule confortablement dans ce magnifique palais. Je me crois presque être un prince français invité par mes prestigieux hôtes turinois !






La galerie Sabauda
La visite se poursuit ensuite par la galerie Sabauda, installée dans une aile du Palazzo Reale. Elle présente des œuvres de la peinture italienne, du XIVe au XVIIIe siècle, ainsi qu’une remarquable collection de maîtres flamands et hollandais, particulièrement appréciés par la cour de Savoie.
Je m’intéresse davantage aux tableaux qui illustrent la vie quotidienne de ces différentes époques qu’aux très nombreuses représentations religieuses ou bibliques qui me laissent un peu indifférent. Voici trois peintures qui m'ont particulièrement plu.



Flâner dans le centre de Turin
Ce n’est qu’en fin d’après-midi que je sors du Palazzo Reale. Je ne regrette absolument pas cette visite. La température est désormais plus agréable et je peux déambuler tranquillement dans le centre de Turin.
Les origines royales de la ville se ressentent dans son architecture, avec ses larges avenues bordées d’arcades et ses places majestueuses. Turin possède une élégance sobre qui lui confère beaucoup de caractère. La via Roma et la Piazza San Carlo sont vraiment remarquables.



Italie oblige, je m’arrête chez le glacier Alberto Marchetti, une institution locale. La carte est relativement courte, mais les produits sont élaborés avec des ingrédients locaux et de saison. Je déguste une excellente glace aux fruits — citron, fraise et pêche. Un régal !
Un peu plus loin, je passe à côté d'un petit marché avec des fruits et légumes qui donnent envie d'être achetés. C'est la dolce vita !


On voit que nous sommes au cœur de l’été, car la passeggiata, ce moment de fin d’après-midi où les Italiens se retrouvent dans la rue pour flâner et discuter avec leurs amis, est très calme. Fin juillet, beaucoup de Turinois ont déjà quitté la ville pour les vacances, ce qui rend le centre étonnamment calme
Je termine ma balade par le Parco del Valentino, qui longe le fleuve Pô. À Turin, nous sommes beaucoup plus proches de sa source que de son embouchure ; le fleuve a donc encore l’allure d’une petite rivière paisible.
Je me crois plus à la campagne qu'en ville et je trouve cette sensation plaisante.


Une ville où j’aurai plaisir à revenir
C’était ma deuxième visite de Turin. Certes, une journée est un peu courte, mais j’aime l’idée de découvrir une ville en plusieurs fois. À chaque visite, elle devient un peu plus familière, tout en renouvelant le plaisir de la découverte.
Je sais que je reviendrai, ne serait-ce que pour visiter son célèbre musée égyptien. Ce sera aussi l’occasion de découvrir Turin à une autre saison.
Ma façon de voyager n’est pas de cocher une liste d’endroits à visiter, mais de prendre le temps d’apprécier un lieu à mon rythme, pour le temps qui m’est donné. Contrairement à ce que l’on pense, le slow travel est davantage une philosophie du voyage qu’une question de temps disponible. Il est surtout question de ralentir le rythme et de ne pas chercher à remplir son emploi du temps à tout prix.
Je termine cette riche journée autour d’un plat de pâtes sur la Piazza Carlo Alberto, avant de rejoindre mon hôtel, situé tout près de la gare de Porta Nuova, car mon départ du lendemain sera matinal.
La suite de mon voyage est à lire ici : « Paris-Turin-Nice en train (2/2) : Le Train des Merveilles vers la Côte d'Azur »
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