Pourquoi et comment la Chine domine le train à grande vitesse mondial

Chine : la stratégie derrière le plus vaste réseau ferroviaire à grande vitesse

En moins de vingt ans, la Chine a construit le plus vaste réseau de trains à grande vitesse au monde. Une transformation d’une ampleur exceptionnelle, tant par sa rapidité que par son niveau d’intégration.

Mais cette réussite ne repose pas uniquement sur des investissements massifs. Elle s’appuie sur une combinaison de choix stratégiques : transfert de technologie, standardisation industrielle, planification centralisée et déploiement à grande échelle.

Dans cet article, je propose une lecture structurée de ce modèle ferroviaire, en analysant ses mécanismes, ses résultats — mais aussi ses limites — et ce que l’Europe peut en apprendre :

  1. Un transfert de technologie massif et méthodique
  2. Une planification centralisée et une exécution verticale
  3. Les trains Fuxing : fierté nationale
  4. Les gares : de l’héritage maoïste et soviétique au modernisme du XXIe siècle
  5. Bilan : côté pile une réussite incontestable 
  6. Côté face : des coûts insuffisamment maîtrisés
  7. Trois leçons pour l’Europe 
  8. Un modèle impressionnant, mais difficilement transposable

Cet article s’inscrit dans un dossier complet consacré au train en Chine, basé sur une enquête de terrain.

Avec plus de 35 ans d’expérience dans le transport — des trains de nuit à l’aérien — je propose une analyse étayée.

    Tous les textes en couleur corail indiquent un lien interne ou externe que je vous invite à cliquer.

    Un transfert de technologie massif et méthodique

    Comment la Chine a-t-elle réussi là où d’autres pays patinent ?

    L’histoire ferroviaire chinoise est un cas d’école de transfert de technologie massif et méthodique, transformant une dépendance étrangère en une domination mondiale en moins de vingt ans. L’approche a été pragmatique : « importer, digérer, assimiler et réinnover ».

    La partie matériel roulant : les trains

    C’est le transfert de technologie le plus spectaculaire.

    À partir de 2004, la Chine lance des appels d’offres auprès de tous les constructeurs leaders du ferroviaire, sans exception. L’allemand Siemens, le français Alstom, le Canadien Bombardier et les Japonais, avec leurs célèbres Shinkansen, répondent présents. Pourtant, les conditions sont strictes : production en Chine et transfert de technologie obligatoire.

    Il en résulte une grande diversité de modèles de trains « Hexie » — qui signifie « Harmonie ». Cette hétérogénéité complexifie leur exploitation, mais elle permet surtout à la Chine de combler très rapidement son retard technologique en matière de grande vitesse.

    Les principaux modèles « Hexie » sont un héritage du meilleur de la technologie mondiale :

    • Via une coentreprise (BST), le Canadien Bombardier a introduit le CRH1, basé sur la technologie Regina.
    • Le modèle CRH2 est un dérivé direct du Shinkansen japonais. C’est la base technique qui a permis à la Chine de comprendre la dynamique des rames à grande vitesse.
    • Le CRH3 est basé sur le Velaro (ICE 3). L’Allemand Siemens a dû transférer des plans détaillés pour que les rames soient assemblées localement.
    • Le CRH5 est basé sur le Pendolino (conception italienne rachetée par Alstom), adapté pour les climats froids du nord de la Chine.

    CRH

    Après avoir « digéré » ces quatre écoles, la Chine a créé ses propres trains, les CR appelés « Fuxing », qui s’affranchissent des licences étrangères en utilisant des brevets 100 % chinois sur les moteurs de traction et les systèmes de freinage.

    L’avantage pour la Chine est non seulement d’être indépendante, mais aussi de pouvoir concurrencer ses anciens partenaires à l’étranger.

    La partie réseau : les infrastructures ferrées

    Au début des années 2000, la Chine n’avait pas l’expérience de construction des voies ferrées à très haute vitesse (300+ km/h) qui nécessitent une grande expertise.

    Grâce à la technologie allemande et japonaise, elle a appris à créer des dalles de béton stables adaptées.

    Infrastructures ferrées chinoises

    Avant de créer ses propres géants industriels, la Chine a appris de leaders comme l’allemand Herrenknecht les technologies nécessaires pour forer des tunnels et construire des ponts.

    Pont ferroviaire à Guizhou

    Enfin, les systèmes de signalisation, quant à eux, ont été au départ conçus selon les standards européens de Siemens et Alstom, qui permettent de gérer des fréquences élevées à grande vitesse. Depuis, la Chine a développé ses propres standards.

    La partie gares : Architecture et gestion

    Le transfert ici est moins « mécanique » mais plus conceptuel et organisationnel.

    • Conception architecturale : Pour les mégagares (Shanghai Hongqiao, Beijing South), la Chine a fait appel à de grands cabinets internationaux (comme l’allemand gmp Architekten ou le Britannique Arup). Le transfert a porté sur la gestion des flux de passagers massifs (type aéroportuaire).
    • Systèmes de billetique : Le passage aux systèmes de billets numériques a bénéficié de collaborations initiales avec des experts en systèmes d’information globaux avant d’être totalement intégré par les géants de la tech chinoise (Alibaba/Tencent).

    Une planification centralisée et une exécution verticale

    Le fonctionnement de la Chine repose sur une planification stratégique centralisée, un héritage du modèle socialiste adapté à une économie de marché. Ce système permet à l’État de mobiliser des ressources massives sur le long terme, ce qui explique la transformation fulgurante de ses infrastructures.

    Exécution verticale : Une fois le plan national adopté, chaque province et ville doit décliner ses propres objectifs pour s’y conformer, créant une synergie entre le pouvoir central et les autorités locales.

    Le réseau à grande vitesse en 2026

    La Chine dispose aujourd’hui de plus de 46 000 km de lignes à grande vitesse — un chiffre difficilement concevable au début des années 2000. Le déclic remonte à 1978, lorsque Deng Xiaoping découvre le Shinkansen japonais. Pourtant, il faudra plus de vingt ans pour que cette inspiration se traduise concrètement.

    Mais à partir du milieu des années 2000, l’exécution est efficace et sans état d’âme : planification étatique, absence de contre-pouvoirs, expropriations rapides. Le réseau se développe de manière exponentielle en moins de quinze ans. La première ligne à grande vitesse, entre Pékin et Tianjin, n’est inaugurée qu’en 2008, mais marque le point de départ d’une accélération spectaculaire.

    Au début des années 2000, pour structurer son immense territoire, la Chine a tracé une grille théorique composée de :

    • Quatre grandes lignes nord-sud (Verticales).
    • Quatre grandes lignes est-ouest (Horizontales).

    L’objectif était de relier les principales métropoles (Pékin, Shanghai, Canton) de manière systématique.

    Sortie gare Jiangsu

    Face au succès fulgurant du réseau, le gouvernement a doublé l’ambition en 2016 avec le plan « Huit verticales, huit horizontales ».

    • Les huit axes nord-sud : Ils relient principalement le nord industriel et la capitale aux côtes fertiles du sud et au Vietnam.
    • Les huit axes est-ouest : Ils relient les ports de l’est (Pacifique) aux régions reculées de l’ouest (Tibet, Xinjiang) et vers l’Asie centrale (routes de la Soie).

    Cette carte illustre le réseau aujourd’hui. À terme, il devrait atteindre 60 000 km :

    Huit verticales huit horizontalesSource : Wikipédia

    L’idée derrière le plan était de densifier la grille pour qu’aucune grande ville ne soit laissée de côté. Le pouvoir affirmait son intention d’utiliser le train comme un outil puissant d’aménagement du territoire. 

    Trois exemples l’attestent :

    • Kunming : la capitale du Yunnan est désormais reliée à Pékin en 11 h, contre 35 h auparavant. Cela a contribué à l’essor touristique de la ville ainsi qu’à son ouverture vers le Laos et le Cambodge.
    • Ürümqi : située à l’ouest du pays, dans une région peu peuplée, à 2 700 km de Pékin, la ville a vu le temps de trajet depuis Xi’an passer de 24 h à 14 h. La ligne reste encore peu fréquentée, mais elle répond à une volonté politique de rattacher ce territoire périphérique au reste du pays. À plus long terme, les autorités entendent en faire un pôle clé des routes de la soie vers l’Asie centrale et l’Europe.
    • Chongqing : située au cœur d’un important hub de TGV, cette mégalopole figure parmi les plus dynamiques du pays et connaît une forte croissance économique. En vingt ans, le PIB de la municipalité a été multiplié par dix.

    Un accident spectaculaire en 2011 qui révèle des fragilités

    Le parcours n’a cependant pas été linéaire. L’accident de Wenzhou en 2011 (40 morts) et des scandales de corruption fragilisent temporairement le système.

    En réponse, l’État restructure le secteur avec la création de China State Railway Group, un conglomérat tentaculaire : 2 millions d’employés, 140 000 km de voies dont environ 46 000 km à grande vitesse, plus de 110 milliards d’euros de chiffre d’affaires — et une dette considérable. Elle est estimée aujourd’hui à 800 milliards d’euros. C’est l’équivalent du PIB des Pays-Bas !

    Un réseau classique modernisé en parallèle

    Cette révolution ne se limite pas à la grande vitesse. Le réseau classique a lui aussi été profondément transformé. En deux décennies, la Chine est passée d’un système ferroviaire lent et vieillissant — vitesse moyenne autour de 48 km/h — à un réseau globalement performant et cohérent à l’échelle du pays.

    Cette modernisation simultanée constitue un point souvent sous-estimé : la grande vitesse n’a pas remplacé le réseau existant, elle s’y est superposée en le tirant vers le haut.

    Le contraste est édifiant avec l’autre grande puissance rivale : les États-Unis. La modernisation du Northeast Corridor (Washington–Boston) reste lente et fragmentée, malgré des décennies de débats et d’investissements. Quant au projet de ligne à grande vitesse entre San Diego et San Francisco, il demeure inachevé, accumulant retards, surcoûts et incertitudes politiques, ce qui repousse toute mise en service complète à un horizon indéterminé.

    Les trains Fuxing : fierté nationale

    Les trains Fuxing, 100 % chinois, sont la fierté des chemins de fer chinois.

    Les trains à grande vitesse chinois : les CR dits « Fuxing »

    « Fuxing », qui signifie « Renaissance », reflète bien l’ambition du programme. Les trains CR sont entièrement conçus et fabriqués en Chine. La première rame entre en service en 2017.

    Ces trains existent en versions de 8, 16 ou 17 voitures. Dans cette configuration maximale, une rame atteint 439,8 m et peut transporter jusqu’à 1 283 passagers. C’est une longueur impressionnante. Un TGV français en rame double ne dépasse pas les 400 mètres.

    Contrairement aux CRH, les « Fuxing » sont interopérables grâce à des standards unifiés de type EMU (Electric Multiple Unit). Cette standardisation facilite leur exploitation sur l’ensemble du réseau.

    Fuxing

    Des trains en pointe sur le plan technologique

    Depuis 2022, de nouvelles générations de « Fuxing » — les CR400AF-C et CR400BF-C — sont mises en service. Qualifiés d’intelligents, ces trains intègrent un pilotage semi-automatique et des aménagements intérieurs modernisés, dont je parle plus en détail dans mon article : « Voyager en train à grande vitesse en Chine : mon bilan après 11 000 km ».

    Fuxing intelligent

    Vidéo promotionelle FuxingExtraits vidéo promotionnelle Fuxing

    Sur certaines lignes, notamment Pékin–Shanghai, ces trains circulent à 350 km/h. Les prochaines générations visent des vitesses de 380, voire 400 km/h. Une performance qui interroge : le gain de temps reste limité, tandis que la consommation énergétique augmente fortement. À titre de comparaison, la SNCF limite ses TGV à 320 km/h pour optimiser le compromis entre vitesse et efficacité énergétique.

    Enfin, un enjeu majeur réside dans leur capacité à fonctionner dans des conditions climatiques extrêmes, allant de –40 °C dans le nord en hiver à +40 °C en été.

    Si les Fuxing sont à la pointe de l’industrie ferroviaire en ce qui concerne la vitesse, d’autres constructeurs travaillent sur des projets aussi avancés, mais avec des objectifs différents. Ainsi, Alstom développe le TGV M, qui a comme ambition d’être exploité avec une efficacité énergétique de +20 % par rapport aux modèles actuels.

    Les gares : de l’héritage maoïste et soviétique au modernisme du XXIe siècle

    Lors de mon voyage, j’ai eu l’occasion de visiter de nombreuses gares. J’ai pu les classer en trois générations : les gares historiques modernisées, les gares monumentales et les gares fonctionnelles.

    Les gares historiques : rénovées

    La plus emblématique d’entre elles est celle du centre de Pékin. C’est celle que j’ai découverte lors de mon premier séjour en 1989 et par laquelle j’ai débarqué du Transsibérien en provenance d’Oulan Bator en 2003. Elle a été construite en 1959 avec un style monumental soviéto-maoïste. Depuis, elle a été joliment rénovée.

    Gare Pékin centralGare de Pékin centrale

    Une autre gare que j’ai visitée est celle de Harbin, dont l’influence russe est très forte. Juste en face se situe l’église orthodoxe de Saint-Iver, reconnaissable à ses multiples petits dômes verts en forme d’oignon. Je me suis cru dans une ville sibérienne et non chinoise.

    Ancienne gare de HarbinGare Centrale de Harbin

    Mais ces gares ne sont plus vraiment adaptées au trafic actuel et elles jouent un rôle de plus en plus mineur.

    Embarquement Pékin centralEmbarquement gare de Pékin Centrale

    Ce sont de nouvelles gares, un peu plus périphériques, qui assurent désormais l’essentiel du développement ferroviaire de la capitale.

    Elles restent cependant mes préférées, car elles ont conservé leur charme historique !

    La première génération de gares des trains à grande vitesse : les monumentales 

    Lorsque les Chinois ont commencé à développer les trains à grande vitesse, ils ont pris la décision de construire de nouvelles gares dans les quartiers en développement des principales villes. Il fallait montrer la puissance de la nouvelle Chine avec des gares aux dimensions monumentales qui impressionnent le voyageur.

    Gare de Chongqing OuestGare de Chongqing Xi

    La première qui fut construite est la gare de Pékin Nan, avec une architecture circulaire devenue iconique. La gare de Guangzhou Nan ou la gare d’Hangzhou Dong sont aussi de beaux exemples de cette génération.

    Beijing NanGare de Beijing Nan

    Guangzhou NanGare de Guanghzou Nan

    Le plan des nouvelles gares chinoises est très standardisé. Après avoir franchi les contrôles de sécurité, les voyageurs arrivent dans un immense hall d’embarquement qui surplombe les quais. L’embarquement se fait depuis les portes au dernier moment.

    Chinese train station layout

    Les flux de voyageurs départ et arrivée sont strictement séparés.

    Le volume intérieur de la gare est souvent immense et les architectes ont toujours prévu un élément spectaculaire, comme, par exemple, la façade de la gare à Shenzhen Bei ou Harbin Xi.

    Gare de Harbin OuestGare de Harbin Xi

    Shenzhen BeiGare de Shenzhen Bei

    La deuxième génération : les gares fonctionnelles

    Les gares de Chaoyang et de Fengtai à Pékin sont des exemples de la dernière génération. L’accent est surtout mis sur la fonctionnalité de la gare et sur son intégration dans la ville et son réseau d’accès en transport urbain. Ainsi, Fengtai est construite sur plusieurs niveaux et avec plusieurs halls.

    Gare Pékin FengtaiGare de Pékin Fengtai

    Même si elle n’est pas la plus récente, je classerais Shanghai Hongqiao dans la catégorie des gares fonctionnelles. En effet, elle combine la plus grande gare de trains à grande vitesse et le deuxième aéroport de la ville. Hongqiao constitue ainsi un hub de transport unique par sa dimension.

    Shanghai Hongqiao

    Bilan : côté pile, une réussite incontestable 

    Venant d’un pays pionnier dans la grande vitesse ferroviaire, la France, je ne m’attendais pas à être impressionné et pourtant, je l’ai été.

    Une ponctualité remarquable

    D’après les Chinois, la ponctualité de leurs trains à grande vitesse serait de 95 % à 98 % à moins de cinq minutes de retard. Bien sûr, ces chiffres sont à prendre avec précaution, mais cela a été mon ressenti.

    En trois semaines de voyage en Chine, j’ai pris cinq trains à grande vitesse de jour, deux de nuit et un train classique pour une durée de 24 heures. J’ai parcouru près de 11 000 km ! Tous mes trains sont partis et arrivés parfaitement à l’heure. C’était le cas de tous les trains sur les panneaux d’affichage. Rien que cette performance est déjà remarquable.

    La clé de la réussite tient à une exploitation sur un réseau neuf ultra-dédié, à une discipline d’exploitation presque militaire et aussi à l’impossibilité pour le personnel de faire grève.

    Personnel Chemins de fer Chinois

    Des trains très confortables, silencieux et propres

    J’ai également été impressionné par la stabilité des trains. J’avais vraiment l’impression de glisser sur les voies de chemin de fer. L’insonorisation des trains était aussi excellente, avec un bémol lors des passages dans les tunnels où le bruit augmente de dix décibels.

    Les trains sont également très propres, même à la fin d’un voyage de plusieurs heures, grâce à une équipe de nettoyage toujours présente.

    Train chinois

    Des gares immenses, fonctionnelles, mais sans charme

    Les nouvelles gares sont immenses, parfois un peu impersonnelles, mais elles sont d’une grande efficacité pour gérer d’énormes flux de voyageurs. Elles sont également très bien connectées au réseau de transport urbain, bien que souvent dans des quartiers périphériques.

    Harbin XiGare de Harbin Xi

    La classe business : une vraie nouveauté de l’expérience client ferroviaire

    Au global, la classe business des trains chinois est une réussite qui pourrait être source d’inspiration pour attirer la clientèle haut de gamme de l’aérien sur les très longs trajets européens.

    Business class FuxingExtrait vidéo présentation du siège Business

    Une mise en œuvre des plans nationaux remarquable

    Avoir réussi à créer un nouveau réseau et à moderniser l’ancien en moins de vingt ans est une sacrée prouesse qui mérite d’être saluée. La planification à la chinoise est efficace.

    Pour les années à venir, le cœur du plan reste la finalisation du réseau national à grande vitesse, à savoir :

    • Finaliser le maillage du réseau à grande vitesse « 8 × 8 corridors » pour atteindre 60 000 km avec comme objectif la connexion systématique de toutes les villes de plus de 500 000 habitants
    • Faire du train le mode dominant sur les distances jusqu’à 1 000 km, en concurrence directe avec l’aérien.

    Ponctualité trains Chine

    Côté face : des coûts insuffisamment maîtrisés

    Créer un tel réseau en si peu de temps n’est pas sans contreparties. Dans un pays aussi peu transparent que la Chine, il reste toutefois difficile d’en mesurer précisément tous les effets. Une chose est néanmoins largement admise : le coût d’un tel développement est considérable et dépasse largement les seuls investissements en infrastructures et en matériel roulant.

    Coût économique 

    Le développement du réseau répond à la fois à des logiques économiques et à des objectifs d’aménagement du territoire. Si certaines lignes majeures — comme l’axe BeijingShanghai — affichent des taux de fréquentation élevés, de nombreuses lignes secondaires semblent nettement moins rentables.

    Lors de mes trajets entre Pékin–Hangzhou et Pékin–Chongqing, les trains étaient, par exemple, loin d’être pleins.

    Train Pékin HangzhouTrain G43 Pékin Hangzhou 3 mars 2026

    Dans ce contexte, l’endettement de China Railway atteint des niveaux très élevés, régulièrement pointés par les analystes et considérés comme excessifs.

    Coût environnemental 

    La construction d’un réseau aussi dense repose sur des travaux lourds (viaducs, tunnels, ouvrages d’art) qui ont un impact significatif sur les territoires traversés.

    Des études d’impact environnemental existent, mais leur niveau de transparence et leur portée réelle font débat.

    À l’usage, le train reste plus vertueux que l’avion ou la voiture, mais le bilan global dépend fortement du niveau de fréquentation des lignes.

    Infrastructures en construction à Guangxi

    Coût social

    Le développement du réseau implique de nombreuses expropriations. Dans un contexte où l’information est limitée, les conditions de relogement et d’indemnisation restent difficiles à évaluer précisément, mais elles font régulièrement l’objet d’interrogations.

    Coût pour les voyageurs 

    Les trains à grande vitesse, plus rapides et confortables, sont aussi plus chers que les trains classiques. Ils ne sont donc pas accessibles de la même manière à l’ensemble de la population, ce qui accentue une forme de segmentation entre mobilités « rapides » et « abordables ».

    Coût de maintenance 

    Aujourd’hui les infrastructures sont neuves, mais, avec le temps, il sera nécessaire de les entretenir.

    Le coût sera à la hauteur des investissements gigantesques, sauf que dans vingt ou trente ans, la Chine avec son faible taux de natalité, sera devenue vieille avec une population en déclin.

    Coût politique 

    Enfin, ce développement s’inscrit dans un système de gouvernance très centralisé. Le manque de transparence et la complexité des circuits de décision alimentent des interrogations récurrentes sur les arbitrages réalisés, ainsi que sur les risques de mauvaise allocation des ressources.

    Propagande chinoise

    • 听党指挥 : « Obéir aux directives du Parti. »
    • 能打胜仗 : « Être capable de remporter des victoires. »
    • 作风优良 : « Avoir une excellente discipline. »

    Quatre leçons pour l’Europe

    L’Europe a quatre leçons à retenir du modèle ferroviaire chinois.

    Ne pas sous-estimer les Chinois

    La première leçon est que les Européens et les Japonais ont largement sous-estimé les Chinois dans leur capacité à assimiler la technologie des trains à grande vitesse.

    Dans les années 2000, la volonté de remporter de gros marchés et de faire des profits à court terme l’a emporté sur la protection des intérêts stratégiques de l’Europe à long terme. Aujourd’hui, l’Europe en paie le prix : le marché chinois est totalement fermé et la Chine est un concurrent féroce pour emporter des marchés à l’étranger, comme :

    • En Indonésie : Jakarta-Bandung, inaugurée fin 2023)
    • En Thaïlande : la future ligne Bangkok-Nakhon Ratchasima et, à plus long terme, Kunming).
    • Et même au cœur de l’Europe avec la ligne Budapest — Belgrade en construction.

    Avoir une vision long-terme

    La seconde leçon est que les Chinois ont su avoir une vision de long terme sur trente ans avec la volonté de relier toutes les villes de plus de 500 000 habitants au réseau à grande vitesse qui s’articule autour du fameux plan 8 × 8.

    Aujourd’hui, il est clair que l’Union européenne est confrontée à l’éclatement du pouvoir entre des États qui ont chacun leurs propres objectifs et politiques de transport et des systèmes ferroviaires qui sont loin d’être harmonisés.

    Privilégier les intérêts européens

    Dans ses contrats avec des entreprises étrangères, la Chine a su protéger ses intérêts avec des clauses de transfert de technologie et de production sur le sol national.

    À l’Europe de s’en inspirer pour mieux encadrer l’accès à son marché et protéger ses acteurs industriels.

    Se poser la question si la concurrence est nécessaire dans le ferroviaire 

    La quatrième leçon est que la Chine montre qu’il est possible d’avoir un système ferroviaire performant sans concurrence.

    Cela mérite d’être analysé plus en profondeur, sans préconceptions idéologiques, pour comprendre les avantages et les inconvénients de l’ouverture à la concurrence, qui est au cœur de l’identité européenne.

    Un modèle impressionnant, mais difficilement transposable

    La domination de la Chine dans le domaine de la grande vitesse ferroviaire ne relève pas d’un seul facteur, mais d’une combinaison cohérente de choix stratégiques.

    Transfert de technologie, standardisation, planification centralisée et capacité d’exécution à grande échelle ont permis de construire, en moins de deux décennies, un système intégré et performant.

    Les résultats sont impressionnants, tant en termes de couverture du territoire que de qualité d’exploitation. Mais ce modèle repose aussi sur des conditions spécifiques — politiques, économiques et sociales — qui le rendent difficilement transposable tel quel ailleurs.

    Plutôt que d’en faire un modèle à reproduire, il est plus pertinent d’y voir une source d’enseignements : sur la vitesse d’exécution, la cohérence des choix industriels et le rôle du rail dans l’aménagement du territoire.

    Mon expérience de voyage dans les trains chinois

    Pour en mesurer concrètement les effets, rien ne remplace l’expérience du voyage, que ce soit à bord des trains à grande vitesse ou des trains de nuit que je vous invite à lire dans les articles suivants :

    Quelques sources supplémentaires

    En plus de mon voyage en Chine en mars 2026, j’ai fait un certain nombre de recherches sur internet et je vous recommande ces sites :

    Shanghai Hongqiao

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